Polémique autour du Propecia

Pour l'Afssaps, le Propecia, médicament anti-calvitie accusé de rendre certains de ses usagers impuissants, n'est pas sous surveillance renforcée. Elle-même avait pourtant employé ces termes.

Volte-face à l'Afssaps. Après nos révélations sur le Propecia , ce médicament anticalvitie soupçonné d'engendrer des cas d'impuissance définitive, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé a démenti ce week-end toute « surveillance renforcée » du Propecia de la part de ses services. En outre, d'après le professeur Dominique Maraninchi, son directeur général, les effets secondaires décrits par des dizaines de victimes, à savoir des troubles graves des fonctions sexuelles masculines, seraient « réversibles ».

Des propos en totale contradiction avec ceux tenus par… l'Afssaps elle-même. Sollicitée par nos soins, celle-ci nous écrivait ainsi par e-mail, lundi 27 février, que « le Propecia fait l'objet d'une surveillance renforcée tant au niveau national qu'européen ». Le vendredi 2 mars, dans un second courrier électronique, elle mentionnait également qu'« en complément de la pharmacovigilance, un plan de gestion de risques a été mis en place au niveau européen ».

Concernant cette fois la persistance des effets secondaires, l'Afssaps reconnaissait, toujours par e-mail, qu'en « 2008, dans le cadre du renouvellement de l'autorisation de mise sur le marché de Propecia, des cas de troubles de l'érection persistant après l'arrêt du traitement ont été rapportés ». Dans la foulée, cette éventualité a été ajoutée à la notice du médicament, qui stipule désormais que « depuis la mise sur le marché, les effets indésirables suivants ont été rapportés : troubles de l'érection persistant après l'arrêt du traitement par Propecia, cancer du sein chez l'homme ».


Au moins 32 000 Français concernés en 2010

Le finastéride, principe actif du médicament, a pour effet de bloquer l'action de la testostérone, l'hormone mâle. Vendu jusqu'à 70 € la boîte pour un mois, Propecia et ses génériques, prescrits le plus souvent par les dermatologues, étaient administrés en 2010 à près de 32000 Français, d'après les chiffres de vente en pharmacie fournis par l'Afssaps. Mais ils sont beaucoup plus nombreux à en prendre. Certains se fournissent directement sur Internet, où des centaines de sites en proposent. D'autres n'hésitent pas à acheter du Proscar, du finastéride à 5 mg utilisé pour traiter les grosseurs de la prostate, dont ils divisent alors les comprimés par cinq pour obtenir un dosage de 1 mg, celui du Propecia.

Aux Etats-Unis, plus d'une centaine de plaintes contre le médicament ont été déposées, et une procédure fédérale pourrait les regrouper à la fin du mois. En Europe, l'autorisation de mise sur le marché du médicament sera réévaluée l'an prochain. Si d'après sa notice, 1% des patients subissent des troubles sexuels, on ignore, en l'absence d'études d'envergure, pour combien d'entre eux ceux-ci peuvent s'avérer persistants. D'après notre enquête, ils sont des dizaines en France à vivre ce que l'un d'eux décrit comme « une castration chimique subite et définitive ».

Selon le professeur François Desgrandchamps, cité par Europe 1, ce « nombre important de plaintes spontanées a une valeur scientifique. Il faut prévenir les patients et interrompre ce traitement », préconise cet urologue de l'hôpital Saint-Louis, à Paris.